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Patrimoine · 1857

La dictée de Mérimée

La dictée de Mérimée est sans doute l'exercice d'orthographe le plus célèbre de la langue française. Composée en 1857 par l'écrivain Prosper Mérimée, l'auteur de Carmen et de Colomba, elle ne fut pas conçue pour l'école, mais pour amuser la cour de Napoléon III lors des fêtes d'automne du château de Compiègne.

En quelques phrases seulement, ce texte concentre un nombre vertigineux de chausse-trapes : homophones perfides, accords de participes retors, mots savants et vocabulaire tombé en désuétude. Sa réputation tient à une anecdote restée légendaire : l'empereur, l'impératrice et les grands noms du Second Empire s'y seraient couverts de fautes. Reproduite ici dans sa version authentique, elle reste aujourd'hui un rite de passage pour tout amoureux du français qui veut mesurer sa maîtrise de l'orthographe.

Le défi

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Écoutez segment par segment, écrivez, puis laissez l'IA compter vos fautes, comme à Compiègne.

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Le texte authentique

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Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l'amphitryon, fut un vrai guêpier.

Quelles que soient et quelqu'exiguës qu'aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu'étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d'en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis et de leur infliger une raclée alors qu'ils ne songeaient qu'à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.

Quoi qu'il en soit, c'est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s'est laissé entraîner à prendre un râteau et qu'elle s'est crue obligée de frapper l'exigeant marguillier sur son omoplate vieillie.

Deux alvéoles furent brisés, une dysenterie se déclara, suivie d'une phtisie.

Par saint Martin, quelle hémorragie, s'écria ce bélître !

À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l'église tout entière.

L'histoire de la dictée de Mérimée

L'histoire se noue à l'automne 1857. Chaque année, le couple impérial conviait au château de Compiègne des relais d'invités triés sur le volet, écrivains, savants, diplomates, artistes, pour des séjours d'une semaine que l'on appela les « séries de Compiègne ». On y chassait, on y jouait la comédie, on y dansait, et il fallait sans cesse renouveler les divertissements du soir.

Prosper Mérimée, sénateur, inspecteur général des monuments historiques et familier de l'impératrice Eugénie, était l'un des habitués de ces réunions. C'est à sa plume malicieuse que l'on doit ce piège tendu à toute la cour : une dictée bâtie non pour instruire, mais pour prendre en défaut les plus assurés. Le principe était irrésistible, voir souverains et académiciens buter sur les mêmes traquenards que le premier écolier venu.

L'anecdote qui a fait la gloire du texte veut que les résultats aient été accablants. On rapporte que Napoléon III aurait commis environ 75 fautes, l'impératrice Eugénie 62, Alexandre Dumas fils 24 et Octave Feuillet 19. Seul le prince de Metternich, ambassadeur d'Autriche et pourtant étranger, s'en serait tiré avec 3 fautes seulement. La légende ajoute que Dumas fils, beau joueur, se serait tourné vers le diplomate pour lui lancer : quand irez-vous, prince, vous présenter à l'Académie pour nous apprendre l'orthographe ? Ces chiffres, transmis de récit en récit, doivent être pris pour ce qu'ils sont : une anecdote savoureuse, plus vraisemblable que rigoureusement vérifiée. Elle a suffi à faire de la dictée de Mérimée un mythe durable.

Chronologie de la dictée de Mérimée : composition en 1857, transmission imprimée en 1903 et statut patrimonial actuel.
La chronologie ne retient que les jalons vérifiables de la source ; les scores légendaires attribués aux participants n'y sont pas présentés comme des faits.

Pourquoi ce texte est un tel piège

Si ce texte fait trébucher, c'est que Mérimée y a accumulé à dessein les pièges les plus redoutables du français. Le plus fameux est le couple cuisseaux de veau et cuissots de chevreuil : deux mots homophones à l'orthographe distincte, le cuisseau désignant la cuisse du veau, le cuissot celle du gros gibier. Une seule lettre les sépare, et presque personne ne s'en souvient.

Viennent ensuite les accords de participe passé, redoutables entre tous. Les arrhes qu'étaient censés avoir données la douairière et le marguillier impose deux accords en cascade : données se rapporte au complément placé avant, censés se met au masculin pluriel pour deux sujets de genres différents. Plus loin, s'est laissé entraîner reste invariable devant l'infinitif, tandis que s'est crue obligée s'accorde avec le sujet. Le début, lui, oppose quelles que soient, en deux mots avec accord, à quelqu'exiguës, adverbe invariable.

À cette syntaxe piégée s'ajoute un lexique rare et savant : amphitryon, guêpier, douairière, marguillier, bélître, goupillon, sans oublier les termes médicaux dysenterie et phtisie. Chaque mot est un test à lui seul.

Un défi toujours d'actualité

Plus d'un siècle et demi plus tard, la dictée de Mérimée n'a rien perdu de son mordant. Certaines de ses difficultés relèvent d'un français devenu rare (qui écrit encore marguillier ou bélître ?), mais l'essentiel de ses pièges tient à des règles toujours en vigueur : accords du participe passé des verbes pronominaux, distinction entre quel que et quelque, homophones lexicaux. Autant de points qui piègent encore aujourd'hui les meilleurs.

Pour l'aborder, mieux vaut la travailler par étapes : lisez d'abord le texte à voix haute, repérez chaque mot suspect, puis révisez méthodiquement les accords avant de vous lancer segment par segment. L'objectif n'est pas la perfection immédiate, mais le plaisir de progresser sur ce monument de la dictée française.

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Questions sur la dictée de Mérimée

Qui a écrit la dictée de Mérimée et quand ?
Elle a été composée en 1857 par l'écrivain Prosper Mérimée, auteur de Carmen et de Colomba, également sénateur et inspecteur général des monuments historiques. Il l'a rédigée à la demande de l'impératrice Eugénie pour divertir la cour de Napoléon III lors des séjours d'automne au château de Compiègne.
Pourquoi la dictée de Mérimée est-elle si difficile ?
Parce qu'elle concentre en quelques phrases un maximum de pièges : homophones comme cuisseaux et cuissots, accords de participes passés en cascade, distinction entre quel que et quelque, et un vocabulaire savant ou vieilli tel qu'amphitryon, douairière, marguillier ou bélître.
Combien de fautes Napoléon III a-t-il faites ?
On rapporte que Napoléon III aurait commis environ 75 fautes, l'impératrice Eugénie 62, Alexandre Dumas fils 24 et Octave Feuillet 19. Seul le prince de Metternich, ambassadeur d'Autriche, s'en serait tiré avec 3 fautes. Ces chiffres relèvent toutefois de l'anecdote et doivent être pris avec prudence.
Quelle est la différence entre cuisseau et cuissot ?
Le cuisseau désigne la cuisse du veau, tandis que le cuissot désigne celle du gros gibier comme le chevreuil ou le sanglier. Mérimée a volontairement placé les deux mots côte à côte dans sa première phrase, car cette distinction orthographique échappe à presque tout le monde.
Où trouver le texte authentique de la dictée de Mérimée ?
Le texte original figure notamment dans les Notes sur Prosper Mérimée de Félix Chambon (1903) et est consultable en ligne sur Wikisource. C'est cette version authentique, tombée dans le domaine public, qui est reproduite et jouable sur cette page.

Source du texte : Wikisource, Dictée de Prosper Mérimée (d'après F. Chambon, Notes sur Prosper Mérimée, 1903) · Page relue par .