Dictée Brevet : Le vieil atelier
On pousse une porte, le vernis monte au nez, et dans le silence deux voix se mettent à se répondre. Toute la scène tient dans des signes minuscules. Un deux-points ouvre la parole, un guillemet l'encadre, un tiret cadratin donne la main à l'autre interlocuteur, une incise se faufile entre deux virgules, et le point d'interrogation vient se loger à l'intérieur des guillemets. Oubliez-en un seul, et la copie déraille.
Le format colle à l'épreuve du brevet : une quinzaine de lignes, un récit qui avance vite, des pièges qui ne se voient pas au premier coup d'œil. Sous le dialogue, on a glissé des passés simples à la première personne, des participes passés qui réclament qu'on aille chercher leur complément, et deux ou trois homophones prêts à tendre un croche-pied. Ici, il ne suffit pas d'écouter la voix des personnages : il faut aussi regarder la phrase se construire.
- Longueur
- 154 mots
- Durée
- ≈ 10 min
- Difficulté
- Expert
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Le texte de la dictée Brevet
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Corrigé commenté
Chaque piège de cette dictée Brevet, expliqué simplement, pour comprendre la règle, pas seulement corriger la faute.
L'ouverture de la parole : « murmura : » puis « Rien n'a bougé »
Pour donner la parole à un personnage, on pose d'abord un deux-points, puis on ouvre les guillemets. Suis le trajet dans le texte : « murmura : », retour à la ligne, et le guillemet ouvrant se place devant « Rien n'a bougé ». Le guillemet fermant, lui, patiente jusqu'au bout de la réplique et n'apparaît qu'à la toute fin. La faute qui revient le plus en classe, c'est de coller le deux-points après le guillemet, ou d'ouvrir les guillemets sans jamais penser à les refermer. Retiens la règle simple : chaque bloc de parole s'ouvre et se referme, sans exception.
Les incises : « me dit-il », « ajouta-t-il », « lui demandai-je »
Dès que le narrateur signale qui parle, il place une incise, avec le sujet rejeté après le verbe et un trait d'union : « me dit-il », « ajouta-t-il », « lui demandai-je », « répondit-il ». Quand elle se glisse au milieu de la phrase, on l'enferme entre deux virgules : « Regarde, me dit-il, voici le rabot ». Deux pièges à surveiller. D'abord « demandai-je » : le passé simple s'écrit -ai (je demandai), jamais « demandais-je » avec un s, car le « je » inversé impose la forme sans s. Ensuite « ajouta-t-il » : le -t- entre tirets n'est là que pour l'oreille, il n'appartient à aucun mot.
Le tiret cadratin et le « ? » à l'intérieur des guillemets
Le tiret cadratin marque le changement d'interlocuteur : «, Parce que les mains... » indique clairement que le grand-père reprend la parole après la question de l'enfant. Regarde aussi la place du point d'interrogation : dans « aujourd'hui ? » comme dans « ici ? », il reste à l'intérieur des guillemets, parce que c'est bien le personnage qui interroge, pas le narrateur. Et un détail que beaucoup ratent : dans « ici ? lui demandai-je. », le point d'interrogation ne dispense pas du point final qui clôt la phrase du récit. Les deux ponctuations cohabitent.
Le participe passé avec COD placé avant : « crus », « balayés »
Avec l'auxiliaire avoir, le participe passé reste sourd... sauf si le complément d'objet direct le précède. Dans « que j'avais crus inutiles », le « que » remplace « Ces objets » (masculin pluriel) et se trouve devant le verbe : on accorde donc, crus. Le test se fait à voix haute : « j'avais cru qui ? » → « que », c'est-à-dire les objets, placés avant, d'où l'accord. Même mécanique pour « les copeaux que personne n'avait balayés » : « que » renvoie aux copeaux, il est antéposé, on écrit donc balayés au masculin pluriel.
Le passé simple : « poussâmes », « restâmes », « m'approchai », « voulus »
Le récit avance au passé simple. À la personne du « nous », les verbes en -er prennent -âmes, avec l'accent circonflexe qu'on oublie si vite : « nous poussâmes », « nous restâmes ». À la première personne du singulier, on entend -ai (sans s) pour ces mêmes verbes : « je m'approchai », « je demandai ». Attention à ne pas glisser vers l'imparfait « je m'approchais ». Note aussi « je voulus », passé simple de vouloir, qui suit un autre modèle. Le circonflexe de -âmes est un point régulièrement compté à l'examen.
Les participes passés épithètes : « couvertes de poussière », « patinés par les années »
Employés comme de simples adjectifs, ces participes s'accordent avec le nom auquel ils se rapportent. « Les fenêtres, couvertes de poussière » : fenêtres est féminin pluriel, donc couvertes. « Des outils, patinés par les années » : outils est masculin pluriel, donc patinés. Le réflexe : pose la question comme pour un adjectif, « les fenêtres (comment ?) couvertes », et l'accord se règle tout seul.
Le conditionnel passé : « qu'il aurait imaginé »
Dans « Crois-tu qu'il aurait imaginé... », on a un conditionnel passé : l'auxiliaire avoir au conditionnel (aurait) suivi du participe. La terminaison est -ait, jamais -ais, parce que le sujet est « il », troisième personne. Quant au participe imaginé, aucun COD ne le précède ici : il reste invariable. Ne le confonds pas avec le « tu serais » de la même phrase, qui est, lui, un conditionnel présent.
L'homophone ce / se : « ce que valait » face à « le bois se tait »
Le texte fait volontairement se croiser les deux formes. Dans « ce que valait la mémoire », on écrit ce, pronom démonstratif : on pourrait dire « cela que valait la mémoire ». Juste au-dessus, « le bois se tait » réclame se, le pronom réfléchi du verbe pronominal se taire (comme dans il se lève). Un truc imparable : si « cela » peut remplacer le mot, c'est ce ; si le pronom accompagne un verbe pronominal, c'est se. Et n'oublie pas le trait d'union de « ce jour-là », que la particule -là rend obligatoire.
Les notions travaillées
- la ponctuation et le dialogue
- Ponctuation du dialogue
- Guillemets, deux-points et tiret cadratin
- Participe passé avec COD antéposé
- Passé simple (nous / je)
- Homophones ce / se