Dictée Première : L'aube sur la grève
Dernière dictée du parcours, ce texte de prose poétique fait office d'épreuve de synthèse. Long, dense, d'un lyrisme retenu, il rassemble en une seule page tout ce que l'année a travaillé : l'accord du participe passé dans tous ses cas, le subjonctif imparfait après les locutions concessives et temporelles, le ne explétif, la concordance des temps et l'irréel du passé.
Une citation poétique, une négation littéraire, l'invariabilité du participe pu et l'accord du verbe avec un collectif viennent compléter le tableau. Rien n'y est isolé : c'est la capacité à tenir tous ces réflexes en même temps, sur un texte exigeant, qui définit le niveau attendu à l'entrée de la Terminale. Le corrigé parcourt le texte comme le ferait un correcteur du bac.
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Chaque piège de cette dictée Première, expliqué simplement, pour comprendre la règle, pas seulement corriger la faute.
la grève que la marée avait abandonnée / les barques que les pêcheurs avaient tirées
La dictée-synthèse rouvre d'emblée le grand chantier de l'année : l'accord du participe passé avec avoir et COD antéposé. « la grève que la marée avait abandonnée » (que = la grève, féminin singulier), « les barques que les pêcheurs avaient tirées » (féminin pluriel), « les promesses que nul n'avait tenues » (féminin pluriel), « les vers d'un poète que j'avais lus » (masculin pluriel), « les brumes qu'il avait longtemps combattues » (féminin pluriel). Un contre-exemple précieux : « un rocher que les embruns avaient poli » — « poli » ne prend aucune marque, car « que » reprend « un rocher », masculin singulier. C'est la preuve que l'accord se raisonne, et ne se copie pas mécaniquement.
il sembla que le monde retînt / bien qu'il fît froid / avant qu'elle ne se posât
Le subjonctif imparfait, temps du récit littéraire, revient dans toutes ses configurations. Après la tournure impersonnelle de doute « il sembla que » : « que le monde retînt son souffle ». Après la concession « bien que » : « bien qu'il fît froid ». Après la temporelle « avant que », avec le « ne » explétif : « avant qu'elle ne se posât ». Et après « sans que » : « sans qu'aucune n'en épuisât le mystère », où l'on retrouve encore le « ne » explétif. Ces formes en -ît, -ât, -ût sont la signature du style soutenu attendu au bac.
Quelles que fussent les tempêtes
La locution concessive « quel que » suivie du subjonctif de être s'accorde avec le sujet placé après : « les tempêtes » étant féminin pluriel, on écrit « Quelles que fussent ». À ne pas confondre avec « quoique » (bien que) ni avec « quoi que » (quelle que soit la chose que). C'est l'une des tournures que la question de grammaire aime à faire analyser.
j'aurais voulu que le temps s'arrêtât / il aurait fallu que je fusse
La concordance des temps et l'irréel du passé sont mobilisés ensemble. Après les conditionnels passés « il aurait fallu » et « j'aurais voulu », la subordonnée se met au subjonctif imparfait : « que je fusse plus savant », « que le temps lui-même s'arrêtât ». On notera dans le discours indirect « Je me demandais si quelqu'un s'était assis là, et ce qu'il avait pu ressentir » : pas de point d'interrogation, concordance au passé, et « pu » (de pouvoir) invariable, car ce participe suivi d'un infinitif reste toujours invariable. Même invariabilité pour « su » dans « sans avoir su regarder ».
ne gardait plus qu'un frémissement / La plupart des hommes passent
Deux points pour finir. La négation combinée à la restriction, « ne gardait plus qu'un frémissement » (ne… plus que = seulement désormais), montre la souplesse des tours négatifs littéraires ; on la relie à « rien, jamais, ne se recommence tout à fait », négation sans « pas ». Enfin l'accord du verbe avec le collectif : « La plupart des hommes passent » se met au pluriel, car on envisage la pluralité des individus. Tenir simultanément l'accord, le mode, la concordance et la ponctuation sur un texte de cette longueur : voilà l'aboutissement du parcours de Première.