Dictée Première : La lettre retrouvée
Cette première dictée de l'année ouvre le parcours de Première par un texte de facture littéraire où l'émotion sert de prétexte à une véritable épreuve d'accord. Rien n'y est gratuit : chaque proposition relative déplace un complément d'objet direct devant le verbe et vous oblige, ligne après ligne, à décider si le participe passé doit ou non s'accorder. C'est le geste grammatical fondateur du lycée, celui que la question de grammaire de l'oral sanctionne sans indulgence.
On y croise l'accord avec l'auxiliaire avoir et son COD antéposé, l'accord des verbes pronominaux, un quelles que suivi du subjonctif et le subjonctif de la relative après un superlatif. Le corrigé reprend chaque piège du texte, nomme la règle et propose la manipulation qui permet de trancher à coup sûr.
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Le texte de la dictée Première
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Corrigé commenté
Chaque piège de cette dictée Première, expliqué simplement, pour comprendre la règle, pas seulement corriger la faute.
une lettre que le temps avait jaunie
Avec l'auxiliaire avoir, le participe passé s'accorde avec le complément d'objet direct lorsque celui-ci est placé avant le verbe. Ici, le pronom relatif « que » reprend « une lettre », féminin singulier, et occupe la fonction de COD de « avait jauni » : on écrit donc « jaunie ». La manipulation est simple : on pose la question « avait jauni quoi ? » ; la réponse « la lettre », antéposée, commande l'accord. On applique exactement le même raisonnement à « les mots qu'elle y avait tracés » (masculin pluriel), à « les feuillets qu'elle avait pliés », à « une pièce que la poussière avait ensevelie », à « une jeunesse que je ne lui avais jamais connue » et à « les larmes que nous avons versées ». À chaque fois, le « que » est le COD antéposé et fixe le genre et le nombre.
Elle s'était promis / les rêves qu'elle s'était forgés
Les verbes pronominaux sont le cœur du piège. Dans « elle s'était promis de ne jamais la montrer », le pronom « se » est un complément d'objet indirect (se promettre à soi-même quelque chose) : le participe reste invariable, car le COD réel, c'est « de ne jamais la montrer », placé après. En revanche, dans « les rêves qu'elle s'était forgés », le COD « que » (= les rêves, masculin pluriel) est antéposé, et « se » n'est qu'un complément second : le participe s'accorde, « forgés ». Comparez enfin « s'est tue » (dans « Ma mère s'est tue ») : « se taire » est un pronominal essentiellement pronominal, dont le participe s'accorde avec le sujet, d'où « tue » au féminin.
à qui je les ai montrés
Ici le COD n'est plus « qui » (qui est complément d'objet indirect, introduit par « à ») mais le pronom « les », placé avant le verbe et reprenant « les feuillets » ou « les mots », masculin pluriel. C'est lui qui déclenche l'accord : « montrés ». Le relatif « à qui » désigne, lui, la personne à qui l'on montre (ma mère) et n'entre pas dans l'accord. Distinguer le COD antéposé du COI est le réflexe décisif de tout l'exercice.
Quelles que fussent mes hésitations
La locution concessive « quel que » suivie du subjonctif du verbe être s'accorde en genre et en nombre avec le sujet qui suit : « mes hésitations » étant féminin pluriel, on écrit « Quelles que ». Le verbe « fussent » est un subjonctif imparfait, temps du récit littéraire soutenu attendu au lycée. On ne confondra pas cette tournure en deux mots avec l'adjectif exclamatif « quelles » seul.
les seuls mots qu'elle nous ait laissés
Après un antécédent marqué par le seul, le premier, le dernier ou un superlatif, la proposition relative se met au subjonctif pour souligner la restriction ou l'appréciation : « les seuls mots qu'elle nous ait laissés ». Le subjonctif « ait laissés » se justifie par « les seuls ». Et « laissés » s'accorde avec « que » (= les mots), COD antéposé, masculin pluriel. Deux règles s'y superposent donc : le mode de la relative et l'accord du participe.
dont j'ignorais tout / celle que j'avais côtoyée
« Dont » remplace un complément introduit par « de » (j'ignorais tout d'elle) : on ne le double jamais par un autre pronom. Enfin « celle que j'avais côtoyée » rappelle une dernière fois la règle du COD antéposé : « que » reprend « celle » (la femme), féminin singulier, donc « côtoyée ». La cohérence de tous ces accords, sur un même texte, est précisément ce que l'épreuve attend d'un élève de Première.