Dictée Première : La promesse du voyageur
Deuxième étape du parcours, ce texte met à l'épreuve le système complet des temps et des modes. Le récit, tout en attente et en regret, multiplie les subordonnées qui appellent le subjonctif et les principales qui commandent le conditionnel, futur du passé. C'est le domaine où l'oreille trompe : « il reviendrait » et « il reviendrez » se ressemblent, et seul le raisonnement sur la concordance permet de trancher.
On y rencontre le subjonctif imparfait et plus-que-parfait (partît, eût mesuré), le ne explétif après les verbes de crainte et les locutions avant que, sans que, ainsi que l'irréel du passé de l'hypothèse. Deux homophones savants, plus tôt et quoique, referment le texte. Le corrigé détaille chaque enchaînement de temps.
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Le texte de la dictée Première
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Corrigé commenté
Chaque piège de cette dictée Première, expliqué simplement, pour comprendre la règle, pas seulement corriger la faute.
avait juré qu'il reviendrait
Règle centrale de la concordance : quand le verbe introducteur est à un temps du passé (ici le plus-que-parfait « avait juré »), le futur devient un conditionnel présent, appelé futur du passé. « Il reviendrait » exprime donc une action à venir, mais envisagée depuis un moment passé. On retrouve le même mécanisme dans « rien ne l'empêcherait » et dans « nous comprendrions » de la logique du récit. On se gardera de confondre cette terminaison en -rait avec le futur en -ra : la substitution par un autre verbe (« il partirait / il partira ») tranche à l'oreille.
Avant qu'il ne partît / craignais qu'il ne se perdît
Les locutions « avant que » et « sans que », ainsi que les verbes de crainte, entraînent le subjonctif. Comme la principale est au passé, ce subjonctif se met à l'imparfait dans la langue littéraire : « partît », « se perdît », « parvînt » (dans « sans qu'aucune lettre nous parvînt »). On remarque le « ne » dit explétif dans « avant qu'il ne partît », « avant que l'hiver n'ait blanchi » et « je craignais qu'il ne se perdît » : ce « ne » n'a aucune valeur négative, il accompagne seulement la crainte ou l'antériorité. L'ajouter est la marque d'une langue soignée ; l'oublier n'est pas fautif, mais l'écrire « ne… pas » le serait.
doutions qu'il eût mesuré / aurions aimé qu'il nous eût écrit
Le verbe « douter » exprime l'incertitude : la complétive passe au subjonctif. Et parce que l'action est antérieure et le récit au passé, on emploie le subjonctif plus-que-parfait : « qu'il eût mesuré ». De même, après le conditionnel passé « nous aurions aimé », l'antériorité impose « qu'il nous eût écrit ». La formule figée « ne fût-ce qu'une ligne » (= même seulement une ligne) contient elle aussi un subjonctif imparfait de être ; on l'écrit avec l'accent circonflexe et sans jamais la confondre avec le futur « ne fera ».
S'il était resté, aurions-nous vécu
C'est l'irréel du passé : l'hypothèse non réalisée s'exprime par « si » + plus-que-parfait de l'indicatif dans la subordonnée, et par le conditionnel passé dans la principale. « S'il était resté, peut-être aurions-nous vécu plus heureux » : le voyageur n'est pas resté, la conséquence est donc purement imaginaire. Erreur classique à bannir : jamais de conditionnel après « si » d'hypothèse. On écrit « s'il était resté », non « s'il serait resté ».
plus tôt que l'aube / quoiqu'il eût changé
Deux homophones savants closent le texte. « Plus tôt » (en deux mots, contraire de « plus tard ») marque le temps : la silhouette paraît « plus tôt que l'aube ne l'annonçait » ; on ne le confond pas avec « plutôt », adverbe de préférence. Enfin « quoiqu'il eût tant changé » : « quoique » en un mot signifie « bien que » et commande le subjonctif (« eût changé »), tandis que « quoi que » en deux mots signifie « quelle que soit la chose que » — c'est précisément la forme employée plus haut dans « Quoi que vous en pensiez ». Savoir les distinguer relève de la maîtrise attendue au bac.