Dictée Terminale : Les mots du souvenir
Cette première dictée de Terminale n'introduit aucune règle neuve : elle vous confronte, d'emblée, à la maîtrise attendue à l'entrée dans le supérieur. Le narrateur revient sur son enfance et interroge la nature du souvenir. Le piège n'est plus dans la conjugaison mais dans le lexique : des mots qui se prononcent à l'identique et qui, d'une lettre, changent de sens. Écrire « dessein » quand on pense « dessin », confondre « censé » et « sensé », c'est trahir la pensée elle-même.
Le corrigé isole chaque couple d'homophones et de paronymes savants rencontré dans le texte, en remonte à l'étymologie et propose une phrase-test pour trancher à coup sûr. Il s'arrête aussi sur trois participes passés antéposés et sur les accents à valeur distinctive — le circonflexe de « mûr » et de « sûre » — que tant de copies négligent. De quoi transformer une relecture hâtive en vérification méthodique.
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Le texte de la dictée Terminale
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Corrigé commenté
Chaque piège de cette dictée Terminale, expliqué simplement, pour comprendre la règle, pas seulement corriger la faute.
dessein / dessin
Le texte joue sur ces deux homophones dès la première phrase, puis y revient. « Le dessin » (avec -in) est le tracé, le croquis : c'est le sens qu'on écarte ici. « Le dessein » (avec -ein) est l'intention, le projet, le propos délibéré : « un dessein tenace, une volonté obscure ». Pour trancher, on remplace mentalement par « intention » : si la phrase tient, on écrit -ein. La parenté avec « dessiner » aide pour l'autre : on ne dessine pas un projet.
sensé / censé
« Femme sensée » et « homme censé » se suivent volontairement. « Sensé » (de sens) qualifie ce qui est raisonnable, plein de bon sens : une personne sensée réfléchit juste. « Censé » (du latin censere, estimer) signifie « supposé, réputé » : un homme censé se souvenir est un homme qu'on suppose capable de se souvenir. Test infaillible : si l'on peut remplacer par « supposé », on écrit « censé » ; si l'on peut dire « raisonnable », on écrit « sensé ».
repaire / repère, filtrer / philtre, raisonner / résonner
Trois pièges de plus, tous présents dans le texte. Le « repaire » (avec -ai) est l'abri, la tanière — ici la maison d'enfance ; le « repère » (avec -è) est la marque qui guide — « chaque objet était un repère ». « Filtrait » vient de filtrer (le jour passe à travers) ; à ne pas confondre avec le « philtre » (breuvage magique), écrit avec ph, auquel la mémoire est comparée. Enfin « raisonner » (tenir un raisonnement) s'oppose à « résonner » (renvoyer un son) : on raisonne tout haut, le silence résonne.
les images que j'avais crues perdues
Deux participes passés s'accordent ici avec un COD placé avant l'auxiliaire avoir. « Les images que j'avais crues » : le que, mis pour images (féminin pluriel), est complément d'objet direct antéposé, donc « crues ». De même « celles que j'avais conservées ». L'attribut « perdues » s'accorde à son tour avec « images ». En revanche « Il m'a fallu vieillir » reste invariable : falloir est impersonnel, le « il » n'est pas un vrai sujet et la tournure n'admet pas de COD.
mûr, sûre, naguère et « s'il en fut »
Le circonflexe est distinctif : « le bois mûr » (arrivé à maturité) se distingue du « mur » de pierre ; « une maison sûre » (fiable) se distingue de « sur » la préposition. « Naguère » (naguère = il n'y a guère de temps) s'écrit sans accent grave sur le second e, contrairement à ce que l'oreille suggère. Enfin « s'il en fut » emploie « fut », passé simple de être (= s'il en exista jamais), et non le subjonctif « fût » : ici, aucune subordination n'appelle le subjonctif.