Dictée Terminale : La lettre jamais envoyée
Voici la dictée qui met à l'épreuve la partie la plus redoutée de la grammaire française : l'accord du participe passé au-delà des cas scolaires. Le récit est mince — une femme relit une lettre qu'elle n'enverra jamais — mais chaque phrase dissimule une décision d'accord que la plupart des adultes tranchent au hasard.
On y croise le participe suivi d'un infinitif (accord seulement si le COD fait l'action), les verbes impersonnels toujours invariables, « ci-joint » et « étant donné » dont l'accord dépend de la place, et surtout l'adverbe « tout » qui, contre toute logique apparente, varie devant certains adjectifs féminins. Le corrigé démonte chaque mécanisme et vous donne, pour chacun, la question à se poser avant d'écrire la dernière lettre.
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Le texte de la dictée Terminale
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Corrigé commenté
Chaque piège de cette dictée Terminale, expliqué simplement, pour comprendre la règle, pas seulement corriger la faute.
qu'elle avait laissé écrire / entendu murmurer / voulu composer / osé relire
Quatre participes suivis d'un infinitif, tous invariables ici — et pour des raisons instructives. Avec « laissé » suivi d'un infinitif, l'orthographe rectifiée recommande désormais l'invariabilité constante : « la lettre qu'elle avait laissé écrire ». Avec « entendu » et « vu », l'accord se ferait seulement si le COD antéposé faisait l'action de l'infinitif ; or « les mots » sont murmurés, ils ne murmurent pas : invariable. « Voulu » et « osé » sont toujours invariables devant un infinitif, car le vrai COD est la proposition infinitive tout entière (composer, relire), non le que qui précède.
les sœurs qu'elle avait vues grandir vs les chagrins qu'elle avait vu endurer
Le contraste est ici le cœur de la règle. « Ses sœurs, elle les avait vues grandir » : le COD « les » (= les sœurs) fait bien l'action de grandir, donc « vues » s'accorde. « Les chagrins qu'elle leur avait vu endurer » : le COD « que » (= les chagrins) ne fait pas l'action ; ce sont les sœurs qui endurent, les chagrins sont endurés. Le participe reste donc invariable : « vu ». Une seule question à se poser : le mot placé avant fait-il l'action de l'infinitif ?
ci-joint, étant donné, vu, excepté
Ces participes et locutions sont invariables quand ils précèdent le nom, comme une préposition : « Étant donné les circonstances », « Ci-joint la copie », « Vu les délais », « Excepté deux ou trois amies ». Ils redeviennent variables lorsqu'ils suivent le nom et jouent le rôle d'un adjectif : « les pièces ci-jointes » s'accorde au féminin pluriel. Le texte offre les deux emplois de « ci-joint » à quelques mots d'écart, précisément pour fixer la distinction.
il avait fallu, il avait plu, il avait fait froid
Les verbes impersonnels ne s'accordent jamais : le « il » est un sujet apparent, sans référent, et la tournure n'a pas de COD. « Combien de patience il avait fallu », « Combien d'heures il avait plu », « Les années qu'il avait fait si froid » : trois participes invariables. Attention au faux ami : « qu'il avait fait » ressemble à un participe accordable, mais « il fait froid » est impersonnel, donc « fait » ne bouge pas.
toute honteuse, toute pâle mais tout émue, tout entière, tout froissés
« Tout » adverbe (= entièrement) est en principe invariable ; il varie exceptionnellement devant un adjectif féminin commençant par une consonne ou un h aspiré, pour l'euphonie. D'où « toute honteuse » (h aspiré de honte) et « toute pâle ». Mais devant une voyelle ou un h muet, il reste figé : « tout émue », « tout entière ». Au masculin, jamais d'accord : « Ils étaient tout froissés ». Enfin « elle s'était tue » (se taire) est un pronominal qui s'accorde avec le sujet féminin.