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Dictée Terminalel'accord du participe passé dans ses cas rares

Dictée Terminale : La lettre jamais envoyée

Voici la dictée qui met à l'épreuve la partie la plus redoutée de la grammaire française : l'accord du participe passé au-delà des cas scolaires. Le récit est mince — une femme relit une lettre qu'elle n'enverra jamais — mais chaque phrase dissimule une décision d'accord que la plupart des adultes tranchent au hasard.

On y croise le participe suivi d'un infinitif (accord seulement si le COD fait l'action), les verbes impersonnels toujours invariables, « ci-joint » et « étant donné » dont l'accord dépend de la place, et surtout l'adverbe « tout » qui, contre toute logique apparente, varie devant certains adjectifs féminins. Le corrigé démonte chaque mécanisme et vous donne, pour chacun, la question à se poser avant d'écrire la dernière lettre.

204 mots≈ 9 minDifficulté : Expert
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Le texte de la dictée Terminale

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Étant donné les circonstances, elle avait renoncé à partir. La lettre qu'elle avait laissé écrire par un scribe, faute de savoir tracer les lettres, dormait encore dans le tiroir. Les mots qu'elle avait entendu murmurer dans son enfance lui revenaient, mais les phrases qu'elle avait voulu composer, elle ne les avait jamais osé relire. Ci-joint la copie que le notaire réclamait ; les pièces ci-jointes prouvaient qu'elle disait vrai. Vu les délais, il eût été sage d'agir plus tôt. Combien de patience il avait fallu ! Combien d'heures il avait plu sur la ville avant qu'elle se décidât ! Toute honteuse, toute pâle, elle relut ces feuillets. Ils étaient tout froissés. La vérité, tout entière, tenait en trois lignes. Le papier, jauni par les ans, gardait encore l'odeur de l'encre et la trace des mots qu'elle avait tracés à la hâte. Ses sœurs, elle les avait vues grandir, puis vieillir ; les chagrins qu'elle leur avait vu endurer l'avaient marquée. Excepté deux ou trois amies, personne ne savait. Les années qu'il avait fait si froid, elle s'était tue. Elle cacheta l'enveloppe, tout émue, et comprit que certaines lettres, on ne les envoie jamais.

Astuce : laissez le texte masqué pendant l'écoute, révélez-le seulement pour vous auto-corriger.

Corrigé commenté

Chaque piège de cette dictée Terminale, expliqué simplement, pour comprendre la règle, pas seulement corriger la faute.

1

qu'elle avait laissé écrire / entendu murmurer / voulu composer / osé relire

Quatre participes suivis d'un infinitif, tous invariables ici — et pour des raisons instructives. Avec « laissé » suivi d'un infinitif, l'orthographe rectifiée recommande désormais l'invariabilité constante : « la lettre qu'elle avait laissé écrire ». Avec « entendu » et « vu », l'accord se ferait seulement si le COD antéposé faisait l'action de l'infinitif ; or « les mots » sont murmurés, ils ne murmurent pas : invariable. « Voulu » et « osé » sont toujours invariables devant un infinitif, car le vrai COD est la proposition infinitive tout entière (composer, relire), non le que qui précède.

2

les sœurs qu'elle avait vues grandir vs les chagrins qu'elle avait vu endurer

Le contraste est ici le cœur de la règle. « Ses sœurs, elle les avait vues grandir » : le COD « les » (= les sœurs) fait bien l'action de grandir, donc « vues » s'accorde. « Les chagrins qu'elle leur avait vu endurer » : le COD « que » (= les chagrins) ne fait pas l'action ; ce sont les sœurs qui endurent, les chagrins sont endurés. Le participe reste donc invariable : « vu ». Une seule question à se poser : le mot placé avant fait-il l'action de l'infinitif ?

3

ci-joint, étant donné, vu, excepté

Ces participes et locutions sont invariables quand ils précèdent le nom, comme une préposition : « Étant donné les circonstances », « Ci-joint la copie », « Vu les délais », « Excepté deux ou trois amies ». Ils redeviennent variables lorsqu'ils suivent le nom et jouent le rôle d'un adjectif : « les pièces ci-jointes » s'accorde au féminin pluriel. Le texte offre les deux emplois de « ci-joint » à quelques mots d'écart, précisément pour fixer la distinction.

4

il avait fallu, il avait plu, il avait fait froid

Les verbes impersonnels ne s'accordent jamais : le « il » est un sujet apparent, sans référent, et la tournure n'a pas de COD. « Combien de patience il avait fallu », « Combien d'heures il avait plu », « Les années qu'il avait fait si froid » : trois participes invariables. Attention au faux ami : « qu'il avait fait » ressemble à un participe accordable, mais « il fait froid » est impersonnel, donc « fait » ne bouge pas.

5

toute honteuse, toute pâle mais tout émue, tout entière, tout froissés

« Tout » adverbe (= entièrement) est en principe invariable ; il varie exceptionnellement devant un adjectif féminin commençant par une consonne ou un h aspiré, pour l'euphonie. D'où « toute honteuse » (h aspiré de honte) et « toute pâle ». Mais devant une voyelle ou un h muet, il reste figé : « tout émue », « tout entière ». Au masculin, jamais d'accord : « Ils étaient tout froissés ». Enfin « elle s'était tue » (se taire) est un pronominal qui s'accorde avec le sujet féminin.

Les notions travaillées

l'accord du participe passé dans ses cas raresParticipe passé suivi d'un infinitifParticipe passé des verbes impersonnels« ci-joint », « étant donné », « excepté »« tout » adverbe

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