Demain, à la première heure, nous quitterons la maison où j'ai grandi. Quand je pense à ce départ, une tristesse étrange m'envahit. Mes parents affirment que nous serons plus heureux dans la grande ville, que j'y trouverai de nouveaux amis. Pourtant, si je le pouvais, je resterais ici pour toujours. J'aimerais garder ce jardin, cette rivière, ce vieux pommier sous lequel je lisais. Quand les cartons seront chargés, quand la porte se refermera, je sais que je pleurerai. Quant à mon petit frère, il ne comprend pas encore ce que signifie partir. Il croit que nous reviendrons bientôt. Moi, je devine que rien ne sera plus jamais pareil. Un jour, peut-être, je reviendrai voir ces lieux ; ils auront changé, et moi aussi. Mais quand je fermerai les yeux, je retrouverai toujours, intacte, l'image de mon enfance.